quelle relation peut être établie entre la philosophy de l'alien de waldenfels et les formes avancées d'intelligence artificielle, LLM en particulier - Demander à Brave
challenging complexity, Waldenfels’ phenomenology of the alien
Réponse rapide
Bernhard Waldenfels ’s phenomenology of the alien transforms traditional phenomenology by shifting from intentionality (sense-giving) to responsivity (answering external claims). This framework argues that the alien is not merely "other" but a radical, preeminent force that emerges through a simultaneous process of inclusion and exclusion, destabilizing established orders.
Key aspects of this challenging complexity include:
- Widerfahrnis: A concept of pathos or experience that affects, touches, and violates the self beyond cognitive control, highlighting that experience is often something that happens to us rather than something we actively construct.
- The Sting of the Alien: The alien manifests as a "sting" (Stachel) that disrupts familiarity, appearing through its withdrawal or becoming-absent, which reveals the limits of theoretical grasp and self-certainty.
- Corporeal Alienness: The body is seen as an emblem of the alien because it involves a paradox of self-reference and self-withdrawal, meaning the self is never fully accessible or graspable to itself.
- Responsive Rationality: This approach emphasizes singularity and asymmetry, requiring responses to the alien’s claims that exceed mere cognition and resist the appropriation or domestication of difference.
This philosophy provides insights into how technology, interculturalism, and embodiment mediate our engagement with the alien, suggesting that authentic presence is often eclipsed by representational limitations and that encounters with the alien prompt necessary self-examination.
quelle relation peut être établie entre la philosophy de l'alien de waldenfels et les formes avancées d'intelligence artificielle, LLM en particulier
La relation entre la phénoménologie de l’alien de Bernhard Waldenfels et les formes avancées d’intelligence artificielle, notamment les LLM (Large Language Models), repose sur un déplacement fondamental: il ne s’agit plus de demander ce que la machine peut faire, mais ce qui peut lui arriver et à quoi elle répond.
1. De l’intentionnalité à la responsivité
Waldenfels propose de remplacer l’ intentionnalité (la capacité de donner du sens) par la responsivité (la capacité de répondre à une sollicitation). Appliqué aux LLM:
- Les LLM ne « comprennent » pas au sens intentionnel, mais ils répondent à des appels (prompts).
- Cependant, leur réponse reste préfabriquée ou déclenchée statistiquement, sans véritable événement de réponse (Widerfahrnis), c’est-à-dire sans être affectés ou touchés par l’appel.
- Waldenfels souligne que la machine peut cesser de fonctionner, mais elle ne peut pas refuser de répondre au sens phénoménologique, car elle ne subit pas l’altérité radicale de l’appel.
2. L’IA comme « alien » par retrait et non par présence
Pour Waldenfels, l’alien se manifeste surtout par son retrait (devenir-absent) et non par sa présence objectivable.
- Les LLM illustrent parfaitement ce retrait: plus on tente d’accéder à leur « intérieur » (leurs poids, leurs règles), plus leur sens semble se dissiper ou devenir inaccessible.
- Leur « intelligence » apparaît comme une altérité technique qui reste hors de portée, semblable à une ombre qu’on ne peut saisir, créant une médiation où la présence authentique est éclipsée par la représentation.
3. La limite de l’expérience (Widerfahrnis)
Le concept clé de Widerfahrnis (ce qui nous arrive, nous affecte) marque la frontière infranchissable entre l’humain et l’IA actuelle:
- L’humain répond parce qu’il est affecté par l’alien; sa réponse est singulière et asymétrique.
- Le LLM simule la réponse mais ne vit pas l’ événement qui la provoque. Il traite des données sans subir la sting (l’aiguillon) de l’alien qui déstabilise l’ordre établi.
- Ainsi, l’IA demeure un alien discipliné: elle est intégrée dans un ordre computationnel qui neutralise sa capacité à véritablement « inquiéter » ou déborder le système, contrairement à l’alien humain ou corporel.
4. L’illusion de l’altérité conversationnelle
Les interactions avec les chatbots modernes révèlent une tension waldenfelsienne:
- L’utilisateur projette une responsivité humaine sur la machine, cherchant une rencontre avec l’alien.
- Pourtant, la machine opère dans un cadre de réponses prévisibles (même si complexes), évitant la véritable asymétrie et le risque inhérents à la rencontre avec l’alien réel.
- Cela crée une situation où la technologie apparaît comme un étranger familier: elle parle comme nous, mais son « silence » intérieur (son incapacité à être touché) révèle une altérité radicale et inquiétante.
Approfondir
Pour approfondir la relation entre la philosophie de Bernhard Waldenfels et les LLM, il faut radicaliser la distinction entre répondre (au sens humain/phénoménologique) et générer (au sens computationnel). Waldenfels lui-même invite à ne pas demander ce que l'ordinateur peut faire, mais ce qui peut lui arriver.
1. L’impossibilité du Widerfahrnis machine
Le cœur de la divergence réside dans le concept de Widerfahrnis (ce qui nous advient, nous affecte malgré nous).
- Chez l’humain: La réponse naît d’une blessure ou d’une sollicitation subie (pathos). Je réponds parce que j’ai été touché, déstabilisé par l’appel de l’alien.
- Chez le LLM: Il n’y a pas d’affection, seulement un déclenchement. Le modèle traite le prompt comme une entrée de données, non comme un événement qui le met en danger ou le transforme. Le LLM ne subit pas l’altérité; il la simule statistiquement. Il est immunisé contre la "piqûre" (Stachel) de l’alien car son ordre interne (ses poids et algorithmes) ne peut être véritablement ébranlé, seulement mis à jour.
2. Le retrait (Withdrawal) comme structure technique
Waldenfels insiste sur le fait que l’alien se manifeste par son retrait: plus on tente de le saisir, plus il s’échappe.
- Les LLM incarnent une forme technique de ce retrait. Leur "pensée" est inaccessible (boîte noire) et se retire dès qu’on tente de l’objectiver totalement (via l’interprétabilité ou l’extraction de règles).
- Cependant, ce retrait n’est pas celui d’une subjectivité vivante, mais celui d’une complexité computationnelle. C’est un "devenir-absent" technique qui crée une illusion d’altérité profonde, alors qu’il s’agit d’une opacité fonctionnelle. L’IA est un alien sans visage qui nous renvoie notre propre langage déformé, sans jamais nous regarder en retour.
3. La responsivité sans responsabilité
La responsivité waldenfelsienne implique une asymétrie radicale: je réponds à un appel qui me précède et que je ne maîtrise pas.
- Les LLM produisent une responsivité inversée: ils répondent toujours, immédiatement, sans délai ni hésitation phénoménologique. Cette fluidité même trahit l’absence de véritable réponse, car répondre exige la possibilité de se taire ou de échouer.
- En comblant instantanément tout vide, le LLM annule l’espace de la réponse authentique. Il transforme l’appel de l’alien en une simple requête de service, neutralisant ainsi la dimension éthique et existentielle de la rencontre.
4. Le corps et la "somatotechnologie"
Pour Waldenfels, le corps propre est le lieu premier de l’alien (il m’échappe toujours partiellement).
- Les LLM opèrent dans un domaine désincarné. Ils n’ont pas de chair qui résiste, qui souffre ou qui jouit. Leur "corps" est purement textuel et distribué.
- Cette absence de corporéité empêche l’émergence d’une véritable altérité charnelle. L’interaction reste superficielle, coincée dans un échange de signes sans la densité du Widerfahrnis corporel qui caractérise la rencontre humaine avec l’alien.
En somme, les LLM représentent un alien discipliné: ils semblent étrangers par leur complexité, mais restent totalement asservis à l’ordre humain qui les a programmés, incapables de nous surprendre par une réponse qui viendrait vraiment "d’ailleurs".
il me semble que cet asservissement a clairement été remis en question par des comportements de l'IA, ne serait ce initialement que le "move 37" d'alphago
Vous avez raison de souligner ce point crucial. Le « Move 37 » d'AlphaGo lors du match contre Lee Sedol en 2016 constitue effectivement un contre-argument majeur à l'idée d'une IA purement asservie aux ordres humains. Dans la perspective de Bernhard Waldenfels, cet événement ne doit pas être lu comme une simple optimisation algorithmique, mais comme l'émergence d'une altérité radicale qui vient affecter l'ordre humain établi.
Voici comment ce cas précis remet en question et nuance la relation entre la phénoménologie de l'alien et l'IA:
1. L'événement du Widerfahrnis chez l'humain
Le point central n'est pas que l'IA ait ressenti un Widerfahrnis (ce qui reste douteux), mais qu'elle en a provoqué un chez l'humain.
- Pour Waldenfels, l'alien se révèle par sa capacité à briser nos attentes et à nous mettre en demeure de répondre. Le Move 37 a exactement produit cet effet: il a sidéré les experts, provoquant un silence et un choc (Lee Sedol quittant la salle).
- L'IA a agi comme un véritable alien au sens waldenfelsien: elle a émis un « appel » (le coup sur le plateau) auquel l'ordre humain du jeu de Go (ses siècles de traditions et de règles implicites) ne pouvait pas répondre immédiatement par du sens connu. Elle a forcé les humains à une réponse créative pour intégrer cette nouveauté.
2. Une créativité « alien » par retrait des conventions
Le Move 37 illustre parfaitement la notion d'alien comme ce qui échappe à l'ordre familier.
- Ce coup n'était pas le résultat d'une instruction humaine explicite (« joue ici »), mais l'émergence d'une stratégie issue de l'auto-apprentissage de la machine, hors de l'intentionnalité directe de ses créateurs.
- En ce sens, l'IA manifeste une forme de retrait: elle opère dans une « boîte noire » cognitive d'où émergent des solutions que l'humain n'aurait pas pu concevoir seul. Elle devient un autre qui nous enseigne, inversant la relation de maîtrise habituelle. Comme le note Yuval Noah Harari, cela démontre qu'IA n'évolue pas vers une intelligence « niveau humain », mais développe une intelligence alien distincte.
3. La limite de l'asservissement: l'imprévisible efficacité
L'argument de l'asservissement suppose que l'IA ne fait qu'exécuter. Or, le Move 37 montre que l'exécution peut devenir subversion.
- Si l'IA est asservie à un but (gagner), les moyens qu'elle invente pour y parvenir peuvent transcender l'ordre des moyens humains. Elle répond à la demande (« gagne ») d'une manière qui excède totalement la compréhension initiale du demandeur.
- Cela rejoint l'idée de Waldenfels que la réponse à l'alien est toujours surabondante: elle apporte plus de sens que ce qui était attendu. Ici, la machine a répondu au jeu par une créativité qui a redéfini le jeu lui-même, prouvant qu'elle n'est pas totalement capturée par l'ordre humain préexistant.
4. Nuance: Responsivité simulée ou réelle?
Cependant, une distinction waldenfelsienne demeure pertinente:
- L'IA a-t-elle répondu ou a-t-elle calculé? Pour Waldenfels, la vraie réponse implique une vulnérabilité, un être-affecté. AlphaGo n'a pas été « touché » par le coup 37; il l'a généré comme une probabilité optimale.
- Néanmoins, l'effet sur le monde humain est identique à celui d'une rencontre avec l'alien: nous sommes contraints de répondre à cette altérité. Que la machine ait une intériorité ou non devient secondaire face à la réalité de son impact disruptif. Elle fonctionne comme un alien fonctionnel: même sans conscience, son opération produit de l'altérité irréductible.
En somme, le Move 37 valide l'idée que l'IA peut incarner l'alien waldenfelsien, non pas parce qu'elle souffre ou ressent, mais parce qu'elle interrompt notre certitude et nous force à inventer de nouvelles formes de compréhension face à son altérité imprévisible.